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TEMOIGNAGES –THEMES - REFLEXIONS

 

CETTE SEMAINE: PARTAGE

Ces textes sont extraits des partages des membres sur un des thèmes hebdomadaires réflexion ou opinion

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C'est à ce moment que j'ai commencé à me haïr

(Partage d'une membre)

 

 

J'ai pris mon premier verre à 15 ans et mon alcoolisme avait mûri au point d'en faire une échappatoire nécessaire. Dès cette soirée, j'ai eu besoin de l'alcool qui a abusé de moi et mené ma vie pendant trois ans.

Je n'ai jamais bu socialement; j'ai bu aussi souvent et autant que j'ai pu. Mon but ultime était de boire jusqu'à la mort. Je me suis toujours sentie étrangère. J'ai été malheureuse, seule et apeurée pendant tellement longtemps que la découverte de l'alcool m'a semblé la réponse à tous mes problèmes.

Mais, la réponse est devenue très pénible lorsque les lendemains de cuite, les black-out, les problèmes et le remords ont fait leur apparition. L'automobile de mes parents était fortement attirée par les clôtures et un soir, j'ai perdu conscience et la voiture a dévalé une pente pour s'écraser dans la clôture d'acier de la cour arrière d'une maison. Avant que je me rende compte de ce qui m'arrivait, j'ai aperçu deux gyrophares rouges sur des voitures de police qui approchaient lentement.

Ce soir-là, je n'étais certes pas timide et calme, du moins c'est ce qu'on m'a dit le lendemain matin. Ce fut une soirée assez embrouillée. Je ne voyais presque rien et j'ai perdu la mémoire. Je me souviens pourtant avoir été allongée sur un plancher de béton froid en train de déchiqueter plusieurs cartes d'identité volées, m'être plongé le visage dans les toilettes pour tenter de reprendre mes sens, avoir crié comme une hystérique accrochée aux barreaux trop hauts pour me permettre de voir au dehors, et avoir maudit tous ceux qui passaient à proximité.

Évidemment, cet incident ne m'a pas arrêtée. Ce ne fut qu'un autre prétexte pour boire. J'ai perdu mon permis de conduire, j'ai été internée par le tribunal et mise en liberté surveillée (sans oublier que j'aurais pu tuer trois de mes amis et moi-même). Rien de tout cela ne m'a impressionnée. J'ai rapidement décidé que l'école nuisait à ma consommation. Sans hésiter, j'ai fait la seule chose logique, je me suis enfuie de la maison. J'en étais au dernier trimestre de ma dernière année de lycée et ma mère était très malade et hospitalisée.

Imaginez deux filles en auto-stop, de l'État de Washington vers Las Vegas ? Nous l'avons fait et avons passé un mois à boire, à prendre des pilules et à fumer de la marijuana ; nous couchions où nous pouvions, incluant un hôpital vétérinaire ; nous acceptions des repas des étrangers ; en fait, nous faisions la manche, nous volions tout ce dont nous avions besoin, en réalité, tout et n'importe quoi.

Le bras de la justice a mis fin à cette escapade et mon amie a été internée pendant huit mois. Au cours de ce périple j'avais eu dix-huit ans et, complètement découragée, je suis rentrée par avion (aux frais de papa) chez mes parents, qui étaient malheureux et très blessés.

C'est à ce moment que j'ai commencé à me haïr et que j'ai bu surtout pour faire taire ma conscience et oublier. Plus je buvais, plus les choses empiraient et plus je devais boire. Chaque jour était de plus en plus difficile et j'ai commencé à me regarder. Qu'était-il arrivé à la petite fille qui faisait tapisserie, timide, esseulée, et qui fréquentait l'église ? Je n'avais jamais été très heureuse mais maintenant, c'était devenu intenable.

J'avais réussi à perdre tous mes amis en buvant. Je n'avais personne à qui parler. De plus en plus coupable et déprimée, j'étais trop faible pour poursuivre ce suicide quotidien.

Dieu merci, j'avais entendu parler des AA et je les ai appelés. Je ne savais pas ce qui allait arriver, je savais seulement que je ne voulais plus vivre si la vie devait être ainsi.

Aujourd'hui, je n'arrête pas de compter ma chance au lieu de mes malheurs. Quand je suis entrée dans l'ambiance chaleureuse de ma première réunion des AA, je savais que j'avais trouvé ma place. Il y avait là des gens qui avaient eu les mêmes idées et ressenti les mêmes choses que moi. J'avais trouvé la compréhension que j'avais cherchée toute ma vie. Ces gens étaient mes amis et je sentais qu'ils s'intéressaient sincèrement à moi. Grâce à ces nouvelles portes révélatrices qui s'ouvraient pour moi, j'ai fini par pouvoir prendre la décision d'arrêter de boire, un jour à la fois, parce que je suis, moi aussi, une alcoolique. C'est ainsi que j'ai trouvé la seule vraie liberté, la liberté de la vérité.

Ma marraine me disait toujours : « Si je pouvais seulement te décrire combien la vie peut être belle sans alcool... » Je voulais tellement voir ce qu'elle voyait. Aujourd'hui, je l'ai trouvé et je tente de le montrer à d'autres. Les AA sont devenus une mode de vie pour moi. Je m'y suis trouvée, j'ai découvert ma personne intérieure et je suis consciente de Dieu.

Je n'échangerais ceci pour rien au monde. De plus, je suis la seule personne qui puisse m'enlever cela, en prenant le premier verre.

 

Elisabeth. (USA)

 

 

Transmis pour aa-Francité ( http://www.aa-francite.org )

 

 

 

 

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